Frantisek KUPKA, Fantaisie Physiologique, illustration, 1:19, Art bohemia 1923.
Comment faire image de ce qui, en soi, est invisible ? C'est la question que pose le tchèque Frantisek Kupka (1871-1957) par cette illustration d'un corps vivant (il est en train d'écrire ou de dessiner à la craie) dont on ne verrait que le squelette, accompagné d'une multitude de petits points s'apparentant à ce qu'on imagine être des "émanations d'énergies" (Kupka était passionné de spiritisme et de magnétisme). Il ne dessine donc que ce qu'on ne voit pas, sans trop se préoccuper d'une quelconque véracité physiologique (la forme des os...), pourtant on devine spontanément qu'il s'agit d'un corps humain vivant et actif. C'est que l'image de soi n'est pas seulement liée à la surface et l'extériorité, mais aussi à l'idée qu'on se fait de soi, dans ce que le soi comporte d'intérieur et de caché. Pour en imaginer une représentation, c'est tout naturellement que la fantaisie est amenée à rejoindre la physiologie, en ce lieu où le regard n'a aucun droit.

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